Dans le roman de Cocteau, Paul, blessé par une pierre dissimulée dans une boule de neige, doit garder la chambre. Il est un jeune adolescent. Délaissé par sa mère, il est livré à lui-même, gouverné par sa fantaisie et celle de sa soeur Élisabeth. À eux deux, entraînant Gérard et Agathe, ils transforment leur chambre en un monde imaginaire, à la fois féérique et ambiguë, où les paradis des jeux d’enfants se situent tout près des fusions de l’enfer. Cet espace mouvant des âmes, cette déraison mélancolique que savait si bien saisir Cocteau sied à Phil Glass. Le compositeur américain a écrit déjà deux partitions pour des œuvres de l’écrivain :
Orphée et
La Belle et la Bête.
Les enfants terribles, un opéra, a été créé en 1996. Ce grand maître de la musique minimaliste, qui a étudié avec Nadia Boulanger et Darius Milhaud, sait rendre à Cocteau un mélange de fragilité et de force, de fantaisie et de drame. Là, avec trois grands pianos de concert et quatre chanteurs, Glass, nous invite dans l’intimité de la chambre. Il amasse, répète, envahit puis détruit. Usant avec précision du texte de l’écrivain, il fait un usage poignant des voix parlées et des voix chantées. La mise en scène de Paul Desveaux introduit avec habileté des ruptures et des légèretés dans cette obsédante confusion des sentiments. Ses visions d’hiver et de neige nous accompagnent dans la belle incertitude fraternelle et dramatique de Cocteau.

Né à Baltimore en 1937, Philip Glass découvre la musique dans l’atelier de réparation de radio de son père. Ben Glass possédait aussi un rayon de disques et quand certains d’entres eux se vendaient mal, il les ramenait chez lui et les faisait écouter à ses enfants pour essayer de comprendre pourquoi. Il se trouve qu’il s’agissait de grandes œuvres de musique de chambre, et le futur compositeur se familiarisa très vite avec les quatuors de Beethoven, les sonates de Schubert, les symphonies de Chostakovitch et autres musiques alors considérées comme «originales».
Après avoir étudié la composition à la Julliard School, notamment auprès de Darius Milhaud, Phil Glass entreprend deux ans d’études intensives à Paris sous la direction de Nadia Boulanger.
A Paris, un réalisateur l’engage pour transcrire la musique de Ravi Shankar de manière à la rendre lisible par des musiciens français. Au cours de cette expérience, il découvre les techniques de la musique indienne. Après des recherches en Afrique du nord, en Inde et dans l’Himalaya, il retourne à New York et commence à appliquer les techniques orientales à sa propre musique. Il fonde le Philip Glass Ensemble. Cette époque culmine avec
Music in 12 Parts et atteint son apogée en 1976 avec l’opéra
Einstein on the Beach (en collaboration avec Robert Wilson), épopée de 4 heures et demie, considérée aujourd’hui comme un des événements marquants du théâtre musical du XXe siècle.
Son œuvre titanesque comprend des opéras, des symphonies,des ballets et beaucoup d’œuvres inclassables comme sa trilogie d’après les films de Jean Cocteau. Philip Glass est aussi célèbre pour ses musiques de film dont
Le rêve de Cassandre de Woody Allen,
The Hours de Stephen Daldry,
Mishima de Paul Shrader…