Le rêve américain… Dans le grand Ouest,
des métayers pauvres comptent sur leur
fille Laurie pour s’en sortir enfin, ils se
sont sacrifiés pour qu’elle puisse aller au
lycée : elle sera bientôt la première de
la famille à obtenir un diplôme. Des vagabonds
viennent sur la route, ils vivent
leur pauvreté en toute liberté. Le drame se
noue quand la jeune fille choisit de partir
à leur suite sur les chemins.
Voici l’histoire très simple qui traverse le
livret de The Tender Land, premier opéra
de Copland qu’il écrivit à cinquante ans
en 1953. Une oeuvre tardive, profondément
originale. L’opéra lui fût inspiré par
un choc : la lecture de Louons maintenant les grands hommes de Walker Evans et
William Agee. Dans ce livre deux jeunes
gens rapportent l’expérience qu’ils menèrent
pendant les années 30 : partager la
vie de trois familles de métayers en Alabama
jetées dans la misère par la grande
crise économique. Nous connaissons tous
les photos d’Evans devenus des icônes de
l’Amérique en crise, moins le texte lyrique
et engagé d’Agee, pourtant l’oeuvre a marqué
une génération.
Pour écrire leur opéra, Copland et son
librettiste s’inspirent principalement de
deux portraits photographiés par Evans,
celui d’une mère, «passive avec regard de
pierre» et de sa fille « pas encore endurcie
par les duretés de la vie».
Ainsi donc, la source de cette oeuvre est
picturale. La musique qui va en découler
l’est aussi. Avec de grands gestes musicaux,
Copland peint les vastes étendues de
l’Ouest américain. Il peint aussi des paysages
intérieurs. Sa musique raconte les
femmes dont Evans a fait le portrait. The
Tender Land, c’est « la terre tendre » qui se
cache dans les replis du coeur de cette mère
dure, ou « la terre tendre » qui ne demande
qu’à être foulée dans celui de sa fille. Le
monde que décrit Copland est avare de
mot. La force des sentiments intérieurs
n’en est que plus grande, plus dévastatrice.
Il peut donner libre cours à un lyrisme
grandiose qui confère à ses personnages
la dimension de héros tragiques dans leur
dignité. Le sujet de l’opéra devient universel
par sa simplicité : comment un enfant
doit quitter ses parents pour vivre et se
construire par lui-même. |