Mise en scène : Jacques Vincey      
     

Melle Julie est noble, jeune et séduisante. Mlle Julie s’ennuie un peu. Melle Julie s’amuse à provoquer Jean, domestique de son père. Melle Julie se compromet en lui disant un désir brûlant. Jean hésite, la repousse, prétexte l’honneur, puis se laisse tenter, malgré Kristin sa fiancée, la prude et clairvoyante cuisinière. La pièce de Strinberg, qu’il avait nommée «Drame naturaliste» aurait pu être une pièce bourgeoise, un fait divers… C’est en réalité une histoire d’incandescence des corps pris dans le carcan des bienséances, une lutte hallucinée. Une tragédie de cuisine, la nuit de la Saint-Jean, un enfoncement inexorable et époustouflant. Balayant le corpus social, Jacques Vincey, dans un décor en suspension, nous parle de désir et de domination. Qui s’empare de qui, dans cette lutte qui n’est que mensonges d’amour ? Le metteur en scène, sans s’attacher à la psychologie des personnages ni à l’anecdote, souligne la cruauté incohérente de l’âme humaine, épinglée là comme un fragile papillon d’exposition.

     
           
      Mademoiselle Julie est l’une des pièces les plus connues de Strindberg. Comment expliquez-vous qu’elle fit scandale ?
Strindberg ne s’embarrasse pas des convenances. Comme sur un champ de bataille, il met en présence des forces brutes, contradictoires, irréconciliables. Il expose les désordres amoureux, sexuels de ses trois personnages avec une crudité qui ne pouvait que faire scandale à l’époque.
La fille du comte couche avec son domestique et l’ordre établi en est bouleversé. Il faut inventer de nouvelles règles: qui doit obéir à qui, et pourquoi? qui est le maître et qui est l’esclave? Cette guerre des sexes », ce «combat des cerveaux» ébranlent non seulement les fondements moraux, mais aussi l’organisation sociale et politique de la société. Il est intéressant de se demander comment ce scandale résonne aujourd’hui, dans un monde où les frontières entre privé et public sont de plus en plus poreuses…

Selon vous, les trois personnages principaux, (Julie, Jean et Kristin) nous «constituent tous intimement»?
Julie, la fille du comte, «ne croit plus à rien»: son éducation et les valeurs qu’on lui a inculqué sont balayées par la réalité. Elle ne peut plus vivre. Jean, le domestique, croit avant toute chose en lui-même et en l’avenir (Strindberg dit qu’il est un «fondateur de races»); son ambition et son intelligence lui permettent de s’adapter au monde tel qu’il est. Kristin, la cuisinière, est celle qui ne doute pas, qui croit en Dieu et s’accroche à des principes; elle sait où est sa place et a la sagesse de s’y tenir. Strindberg parle de lui dispersé dans ces trois personnages. Mais il parle aussi de moi ! Suivant les moments de ma vie, de ma journée, je me sens plutôt comme Julie, comme Jean ou comme Kristin. J’essaie de trouver une harmonie entre ces trois archétypes de notre humanité : le «samouraï», le «commerçant» ou le «croyant»… Cette pièce est fondamentale parce qu’elle plonge jusqu’aux racines de ce qui nous constitue tous intimement. C’est pour ça que c’est un classique qui traverse les âges. Tout le monde connaît cette pièce - ou croit la connaître - mais, avant tout, chacun s’y reconnaît.

     
     
 
Coproduction compagnie Sirènes, Théâtre Vidy-Lausanne, L’Hexagone - Scène nationale de Meylan, Maison des Arts - Thonon, Théâtre de l’Onde - Vélisy - Villacoublay. Avec le soutien de la DRAC Ile-de-France, du Théâtre Suresnes Jean-Vilar et du Théâtre Jean Lurçat - Scène nationale d’Aubusson.

Ce spectacle est accueilli en partenariat avec le Toboggan de Décines qui présentera Mademoiselle Julie les 18 et 19 janvier à 20h30.