La quête de soi, voilà Lear, la chute horizontale. C’est l’histoire d’un souverain hors norme, d’un père et d’un homme en rupture. Abandonnant subitement le pouvoir, il met son royaume aux enchères de l’amour de ses trois filles: «Laquelle de vous trois m’aime le plus?» Lear forge ainsi le malheur qui le conduit dans le dénuement au milieu de la lande. L’orage qui s’y déchaîne est à la mesure de la tempête intérieure qui le soulève. Le prix de ce grand voyage initiatique à travers l’espace et le temps est exorbitant.
Rien ne lui sera épargné de l’abandon, de la folie, mais aussi de la lucidité, de la lumière… Lear, ou l’expérience du vertige. Le Roi Lear est tout à la fois un des sommets et le condensé des grands thèmes de l’oeuvre shakespearienne. La fable est traversée d’abîmes et de cimes, c’est un précipité de destins, de métamorphoses, de naïveté, de tragique et de burlesque, interpellant sans cesse l’humain.
Pour cet inépuisable et protéiforme poème dramatique, une nouvelle traduction affirme l’incarnation, le jeu d’acteur, un verbe dynamique, violent et moderne. Le rythme donne sens, la phrase convoque les voix humaines, les corps, treize comédiens, une troupe engagée autour du poète. Nous sommes là, et l’horrible approche. Le temps et la société craquent.
L’ancien monde va sombrer, à quoi ressemblera le nouveau? Lear : «Pièce monstre», son héros : «Homme monde». Cap au pire?
Laurent Fréchuret
Lear est un grand poème dramatique qui traverse tambour battant les espaces, les histoires, les émotions. C’est une des plus grandes pièces de Shakespeare, des plus complexes, des plus sombres. Un homme y fait «l’expérience de sa réalité d’homme» et fait ses gammes dans la folie, la sienne, celle des autres, qu’ils soient ivres de pouvoir, de sincérité ou d’abandon. Lear aura ici le visage de Dominique Pinon, somptueux acteur qui sait apporter une grande clarté aux personnages les plus insaisissables. «Nous naissons tous fous. Quelques-uns le demeurent.» écrivait Samuel Beckett, un auteur que Laurent Fréchuret a beaucoup mis en scène. Avec cette première incursion dans le répertoire classique, peut-être est-ce pour le stéphanois une manière de continuer à affirmer sa foi en une certaine déraison.
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